La prochaine pandémie est prévisible, rompons avec le déni de la crise écologique

NOTE SUR LA DECLARATION CI-APRES

La déclaration ci-après a été signée par 650 chercheurs scientifiques et soutenue par près de 1.400 personnes mobilisées avec eux pour la sauvegarde de la biodiversité. Elle a bénéficié du soutien de membres de la Société française d’écologie, de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, de la Fondation Nicolas Hulot et de l’institut Ecologie et environnement du CNRS, ainsi que de nombreux chercheurs CNRS, IRD, CIRAD, INRAE et des universités. Le journal Libération l’a rendue publique sous forme de tribune. Ce n’est qu’un moment de la mobilisation nécessaire pour informer nos concitoyens sur les périls qu’entraîne la dévastation de la biodiversité dans le monde, favorisée par l’état de dépendance économique et médicale de nombreux pays, et par les calculs à court terme des autres.

TEXTE DE LA DECLARATION

La pandémie du covid-19 était inimaginable pour beaucoup. Elle a suscité les pires théories complotistes. Pour les chercheurs, elle était prévisible. Des études scientifiques, et même des livres disponibles dans les librairies de nos villes la laissaient prévoir. De nombreux laboratoires dans le monde consacrent leurs efforts à comprendre les dynamiques épidémiologiques des nouvelles maladies infectieuses dont le covid-19. Seuls le moment du passage de la vague et son intensité restaient inconnus. Des pandémies ont déjà eu lieu. D’autres sont à prévoir. C’est une quasi-certitude.               

L’épidémie actuelle appartient au groupe des zoonoses, maladies qui lient espèces sauvages, animaux domestiques et humains. Depuis plusieurs décennies, la destruction alarmante des milieux naturels provoque des zoonoses plus nombreuses et virulentes. L’humanité rencontre des espèces virales, microbiennes et parasitaires contre lesquelles elle est désarmée.               

On estime que les 5.400 espèces de mammifères hébergent quelque 460.000 espèces de virus, dont l’immense majorité reste à décrire. Comme les autres agents pathogènes, ils participent du fonctionnement écologique en contrôlant l’accroissement de leurs espèces hôtes selon un principe d’équilibre écologique décrit par le grand naturaliste suédois Linné dans son “économie de la Nature” (1749) qui préfigurait l’étude des écosystèmes par l’”écologie”. L’immense majorité de ces espèces virales sont inoffensives pour l’homme. Mais même un faible pourcentage constitue déjà une réserve d’agresseurs phénoménale: depuis des années, nous avons affronté le VIH, Ebola, la dengue, le Zika, Chikungunya, la fièvre de Lassa, le SARS, le H5N1, le H1N1, et beaucoup d’autres maladies émergentes qui, étant moins spectaculaires, ne font pas la une de l’actualité. Mais leur nombre est en constante augmentation depuis un demi-siècle et les épisodes épidémiques se font de plus en plus fréquents. Les mammifères sauvages ne représentent plus aujourd’hui que 4% de la biomasse des mammifères terrestres, les humains et leurs animaux domestiques représentant les 96% restants. On pourrait croire que la menace diminue avec leur régression. Le contraire se produit du fait de l’artificialisation de plus de 80% des terres cultivables et de l’extension de l’agriculture, de l’élevage industriel, et de l’empreinte humaine sur l’entièreté de la planète: fragmentation des paysages, développement de monocultures intensives s’étendant à perte du vue en lieu et place des forêts tropicales. Le mal-développement et l’absence d’investissement en infrastructures de santé décentes dans les pays riches en biodiversité ne font qu’aggraver la crise sanitaire.               

Les virus bénéficient de l’immense réseau de diffusion que leur ouvrent les interconnexions entre leurs hôtes potentiels. Aujourd’hui ceux qui nous menacent tirent avantage de l’expansion des activités humaines et des animaux d’élevage partout dans le monde, facilitant les contacts avec la faune sauvage, provoquant des changements d’hôtes et leur ouvrant une immense niche écologique : les humains et leurs animaux. Ainsi un virus qui effectuait encore son cycle biologique dans une population de chauve-souris quelque part en Asie à l’automne 2019, émerge sur un marché chinois en décembre 2019 pour s’étendre à la terre entière en mars 2020.               

Les pandémies qui nous frappent ne sont qu’une facette du changement planétaire. Celui-ci inclut aussi les perturbations climatiques provoquées par l’émission de gaz à effet de serre et l’extinction massive d’espèces. L’humanité est confrontée aux conséquences de ses destructions, résultant de ses choix économiques et politiques. D’autres choix sont nécessaires pour la survie de notre espèce autant que pour la préservation des milieux naturels. Les réponses sont connues. Un organisme international, l’IPBES (plate-forme intergouvernementale pour la biodiversité et les services écosystémiques, https://ipbes.net/ ) propose aux gouvernements un bilan de nos connaissances scientifiques et empiriques sur les défis posés par la préservation de la biodiversité et sur les moyens d’y répondre. Il convient aux acteurs politiques de s’en saisir afin d’engager des politiques nationales et supra-nationales à la hauteur des enjeux. Elles doivent intégrer les conclusions du GIEC sur le dérèglement climatique. Cette nécessité d’action politique et ses échecs passés posent immanquablement la question des verrous à lever dans la gouvernance de nos interactions avec la biosphère et la prise en compte de ses limites. Il est urgent, de rompre avec le déni des menaces planétaires créées par les activités humaines et d’utiliser ce que nous savons pour mettre enfin en place les politiques de changement radical qui s’imposent.


Ecologues (collectif)    Contacter l'auteur de la pétition

Signer cette pétition

En signant, j'autorise Ecologues (collectif) à remettre ma signature à ceux qui ont le pouvoir en la matière.


OU

Pour recevrez un e-mail contenant un lien pour confirmer votre signature. Pour vous assurer de recevoir nos e-mails, veuillez ajouter info@petitionenligne.com à votre carnet d'adresses ou votre liste des expéditeurs autorisés.

Veuillez noter que vous ne pouvez pas confirmer votre signature en répondant à ce message.




Publicité payante

Nous ferons la promotion de cette pétition auprès de 3000 personnes.

Apprendre encore plus...

Facebook